Calendrier

L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        

  Octobre 2018  

 

Rechercher

 
Pavé de gauche
 

zoomsur.gif

Accueil > Actus > Social > Compétitivité des aéroports : l'attractivité de la France en jeu
Actus

jeudi 12 avril 2018

Compétitivité des aéroports : l'attractivité de la France en jeu

 

Tribune de Thomas JUIN, président de l'UAF, parue dans Le Cercle des Echos, le mercredi 11 avril 2018, à 9h41.


LE CERCLE/POINT DE VUE - En moins de 20 ans, la compétition entre les aéroports s'est intensifiée. Dans ce domaine, les plates-formes aéroportuaires françaises accusent du retard, menaçant ainsi l'attractivité de la destination France.


Depuis la révolution aéroportuaire, les aéroports sont devenus des entreprises à part entière exerçant leur activité sur un marché concurrentiel, dans un ciel européen libéralisé. Alors que se sont ouvertes fin mars les Assises du transport aérien, il est temps de prendre acte de ces transformations et d’agir pour la compétitivité du secteur.

En moins de 20 ans, la libéralisation du transport aérien et le développement des compagnies à bas coût ont accru considérablement la mobilité aérienne. Les aéroports ont très tôt compris l’importance du «low cost» en Europe dont le modèle économique est fondé sur des tarifs bas, des rotations rapides et des liaisons point à point court et moyen-courrier.

Face à la carence d’une offre «low cost» française, les aéroports hexagonaux ont alors impulsé une dynamique de développement par la recherche de nouvelles compagnies, la prospection de nouveaux marchés, l’ouverture de nouvelles routes. Ils ont investi dans le développement des capacités aéroportuaires et ont de ce fait favorisé la concurrence sur le marché aérien français et la baisse des prix du billet d’avion (-60 % en 40 ans et en monnaie constante).

Emulation dans le secteur
Le passager  et les territoires ont été incontestablement les grands gagnants de ces évolutions. Le développement aéroportuaire a ainsi accompagné la libéralisation et la démocratisation du transport aérien ainsi que l’ouverture et le développement économique des territoires.

Les aéroports français ont, dans le même temps, connu leur révolution avec les lois aéroportuaires de 2004 et 2005. Paris Aéroport est devenue une société anonyme cotée en Bourse. Les grands aéroports régionaux se sont transformés en sociétés aéroportuaires, privatisées pour certaines. Les aéroports de proximité ont été transférés aux collectivités territoriales.
L’arrivée de nouveaux acteurs privés a créé de l’émulation et a conduit à une grande diversité des modes d’exploitation. Qu’ils soient publics ou privés, les grands aéroports régionaux se développent à grande vitesse et n’ont jamais autant profité à leur territoire.

Concurrence toujours plus vive
Une évidence s’impose : la compétition entre aéroports est aujourd’hui de plus en plus marquée sous l’effet conjugué de la croissance exponentielle du transport aérien «low cost», de la convergence des modèles économiques des compagnies aeriennes et de l’essor des compagnies aériennes du Moyen-Orient.

Le temps où les aéroports pouvaient être considérés comme des monopoles naturels relève de l’ancien monde. Tous, y compris l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, sont désormais en concurrence avec leurs homologues étrangers. Les compagnies les opposent sur leur niveau de redevances lors de véritables séances de «speed dating» à l’échelle européenne et mondiale.

Les compagnies à bas coût, mais également depuis peu les compagnies traditionnelles, font preuve d’une flexibilité de plus en plus grande dans l’ouverture ou la fermeture de routes, recherchant avant tout la profitabilité de celles-ci. Sur un total de 18.000 routes existant entre les aéroports européens, plus de 3.000 sont ouvertes chaque année et 2.500 sont fermées.
A l’avenir, la concentration des compagnies aériennes, la pénétration des compagnies à bas coût sur les grands aeroports et leur arrivée sur les vols long-courriers viendront renforcer une pression concurrentielle déjà très forte. Pour les compagnies aériennes, le coût de touchée [la somme que doit verser la compagnie à l'aéroport sur lequel son avion atterrit, NDLR] est devenu aujourd’hui un facteur de choix déterminant.

Destination France
«Le ciel français n'avait jamais vu passer autant de monde qu'en 2017», expliquent «Les Echos» dans un article. Le trafic aérien a connu la plus forte croissance en volume depuis 2011, avec un taux de croissance à 6,1 %, selon les chiffres de la Direction générale de l'aviation civile. Dans le même temps l'international a enregistré une croissance de 6,7 %. Et pour l'Europe, le trafic de passagers dans les aéroports a progressé de 8,5 %, d'après ACI Europe.

Ce déficit de compétitivité entrave donc fortement la connectivité aérienne de la France. Nous attendons par conséquent que les Assises du transport aérien débouchent sur une véritable stratégie pour le transport aérien en France et apportent des réponses concrètes, notamment sur la baisse de la fiscalité spécifique, la modernisation du contrôle aux frontières aériennes, le renforcement et la réforme des lignes d’aménagement du territoire. Derrière la compétitivité de nos aéroports, c’est bien l’attractivité de la destination France et de ses territoires qui est en jeu.

Thomas Juin est le président de l’Union des aéroports français (UAF)

  Accéder à l'article